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Ghost-Eye, Ghosh et le mardi où la fiction littéraire s'est prise au sérieux

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Sigrid Nørgaard
· 3 min de lecture
Ghost-Eye, Ghosh et le mardi où la fiction littéraire s'est prise au sérieux

Il y a une sensation particulière qui survient lorsqu'un écrivain qu'on lit depuis vingt ans produit quelque chose qu'on ne peut pas immédiatement classer. Pas vraiment de la surprise — plutôt la reconnaissance d'une voix familière disant quelque chose qu'elle gardait en réserve.

Ghost-Eye d'Amitav Ghosh, publié aujourd'hui par Farrar, Straus and Giroux, est présenté comme “une merveille qui enflammera le sens de l'émerveillement du lecteur”. Dépouillée de sa fonction publicitaire, quelque chose de réel demeure. Ghosh tourne autour de la même question depuis des décennies : quel est le prix pour une civilisation de perdre la capacité d'émerveillement ? Du Bengale colonial de The Glass Palace au monde de l'océan Indien de la trilogie Ibis, en passant par les essais de The Great Derangement, la question est devenue plus urgente à chaque livre. Ghost-Eye semble sa réponse la plus directe à ce jour.

Le 17 juin 2026 est un mardi inhabituellement généreux pour la fiction littéraire. Joyce Carol Oates publie un nouveau recueil — The Frenzy (Hogarth) — décrit comme “couvant et implacable”. Isabel Waidner apporte une histoire de doubles au Londres contemporain dans As If (FSG). Et NYRB Classics publie une nouvelle édition de G de John Berger, lauréat du Booker 1972 : rappel que les romans, quand ils fonctionnent, ne vieillissent pas mais s'approfondissent.

La tradition littéraire indienne que Ghosh prolonge a de profondes racines dans le sens de l'émerveillement que Rabindranath Tagore situait dans l'ordinaire. Lire Le Jardinier, c'est trouver le même refus du banal que Ghosh apporte au récit : la beauté comme forme de connaissance, non comme décoration. Ghost-Eye est là.

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