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Camila Cañeque et le roman qui attendait sur son ordinateur

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Dani Carrasco
· 3 min de lecture
Camila Cañeque et le roman qui attendait sur son ordinateur

Parlons du scénario le plus triste de la littérature : le fichier que personne n’avait demandé à voir exister. Camila Cañeque (Barcelone, 1984–2024) est décédée en février 2024, un mois avant la publication de son premier roman, La última frase — un livre qui a ensuite remporté le Prix Zenda du meilleur premier ouvrage et s’est vendu à six mille exemplaires. Elle ne l’a jamais lu imprimé. Et pourtant, sur son ordinateur, un autre livre attendait.

Anuncios, publié maintenant par La Uña Rota, est ce second roman. L’éditeur Carlos Rod l’a trouvé dans un dossier de brouillons et de versions multiples ; la plus complète portait ce titre, avec une note annexe suggérant des alternatives : Masaje ou Concierto para nadie, en dos o tres actos. Rod s’est limité aux corrections orthographiques et aux ajustements mineurs. Le reste est Cañeque.

Le roman suit un musicien de free jazz expulsé de New York qui vit dans un appartement et joue pour quelqu’un qui n’interagit pas avec lui — une narratrice silencieuse qui observe tout sans intervenir. Cañeque le décrivait comme “le portrait d’un musicien qui joue dans son appartement pour quelqu’un qui n’interagit pas et retransmet le spectacle.” L’écriture imite le free jazz : coupes non séquentielles, transitions abruptes, une protagoniste mêlant mémoire, lucidité et délire.

Anuncios ne demande pas de pitié. Il demande de l’attention. Et dans cette demande se trouve quelque chose qui ne peut venir que de quelqu’un qui savait exactement ce qu’il faisait en écrivant — même s’il n’a jamais su que quelqu’un le lirait.