Les Corrections, Vingt-Cinq Ans Après : Désormais en Streaming
En 2001, Jonathan Franzen a fait la couverture du magazine Time sous le titre “Grand Romancier Américain”. Oprah a appelé. Il a hésité d’une manière qui a été aussitôt interprétée comme un refus, ce qui revient peut-être au même. Le tollé qui s’en est suivi en disait plus sur la relation compliquée de l’Amérique avec l’ambition littéraire que sur le roman lui-même, qui était, de l’avis de presque tous les critiques, vraiment remarquable.
Vingt-cinq ans plus tard, Les Corrections arrive enfin sur Netflix. Si vous aviez besoin d’une nouvelle preuve que le cycle du prestige littéraire en Amérique obéit à ses propres rythmes particuliers, la voici.
La minisérie sera réalisée par Cord Jefferson—dont American Fiction, l’adaptation en 2023 de Erasure de Percival Everett, lui a valu un Oscar et l’a établi comme ce rare cinéaste capable de traiter un matériau littéraire satirique sans lui ôter son mordant. Franzen lui-même adaptera le roman. Meryl Streep est confirmée pour tenir le premier rôle, ce qui confère à l’entreprise le genre de gravité de plateau qui pousse les gens à prendre les choses au sérieux, qu’ils aient lu le livre ou non.
Ce n’est ni la première incursion dans l’adaptation littéraire de prestige, ni le premier contact de Franzen avec une version filmée. En 2012, Noah Baumbach et Scott Rudin avaient développé une minisérie pour HBO—Chris Cooper et Dianne Wiest étaient au casting, un pilote avait été tourné—avant que le projet ne s’effondre sous le poids de son budget. Le souvenir de cette production abandonnée a acquis, avec le temps, une qualité mythologique curieuse : le grand roman familial américain qui ne pouvait, semblait-il, être transposé sur aucun écran.
L’implication de Jefferson change le calcul. American Fiction a démontré qu’il sait quoi faire d’un texte qui parle fondamentalement du fossé entre la façon dont l’Amérique se perçoit et la façon dont elle se comporte réellement—ce qui est précisément aussi le sujet des Corrections. La famille Lambert, avec son patriarche déclinant et ses trois enfants poursuivant chacun une variété différente de désillusion américaine, ne constitue pas une perspective télévisuelle particulièrement chaleureuse. Mais Jefferson a montré qu’il peut rendre ce type de noirceur divertissant sans le rendre confortable.
Que Franzen puisse adapter son propre roman est une question distincte. Les écrivains qui adaptent leur propre oeuvre ont tendance à tomber dans l’une des deux catégories : ceux qui ne peuvent pas lâcher un seul mot, et ceux si soulagés d’échapper au roman qu’ils corrigent à l’excès. Franzen, qui n’a jamais semblé indifférent à la protection de ses propres phrases, risque de se retrouver en guerre avec lui-même dans la salle des scénaristes.
Tout de même : Meryl Streep, Cord Jefferson et un roman de 2001 lauréat du National Book Award. Netflix a réuni les pièces. Si le résultat ressemblera au livre—ou s’il deviendra, pour une génération de spectateurs qui ne le lira pas, la chose qui est le livre—c’est la seule question intéressante qu’il reste à poser.