Aller au contenu principal

Les boursiers Guggenheim 2026 : trente-cinq directions inachevées

S
Sigrid Nørgaard
· 3 min de lecture
Les boursiers Guggenheim 2026 : trente-cinq directions inachevées

La bourse Guggenheim a toujours été moins une question d’argent — même si l’argent aide — que de signal. La recevoir, c’est entendre la fondation dire, doucement mais fermement : nous croyons au travail que vous n’avez pas encore achevé. La promotion littéraire de cette année, annoncée la semaine dernière, comprend 35 écrivains en fiction, non-fiction, poésie et théâtre. La liste est, comme il se doit, à la fois rassurante et surprenante.

Parmi les boursiers en prose, deux noms ancrent la sélection par le poids de décennies : Amitav Ghosh, dont la Trilogie de l’Ibis reste l’une des entreprises historiques les plus ambitieuses de la fiction contemporaine, et Marlon James, dont le roman couronné par le Booker Brève histoire de sept meurtres a redessiné la carte de ce qu’un roman peut contenir. Tous deux sont des écrivains en milieu de carrière — si l’on peut employer ce terme pour des artistes dont les carrières traversent déjà continents et genres — et la bourse suggère que quoi qu’ils préparent ensuite, cela comptera.

Namwali Serpell est là aussi, l’autrice zambio-américaine de The Old Drift, un roman qui n’a tenté rien de moins que l’histoire entière d’une nation à travers trois familles. Et Madeleine Thien, dont Do Not Say We Have Nothing a tissé la Révolution culturelle chinoise dans un récit de musique, de mémoire et d’effacement politique. Ce sont des écrivaines qui pensent en siècles et écrivent en phrases qui le savent.

Les boursiers en poésie comprennent Raymond Antrobus, le poète britanno-jamaïcain dont le travail sur la surdité et le langage a discrètement élargi ce que la poésie lyrique peut aborder, et Rickey Laurentiis, dont le recueil Boy with Thorn reste l’un des débuts formellement les plus audacieux de la dernière décennie. Suji Kwock Kim et Vivek Narayanan complètent une liste qui refuse de s’installer dans une seule tradition.

En théâtre, la sélection inclut Penny Arcade, la légendaire artiste de performance du downtown new-yorkais, et Haruna Lee, dont le travail interculturel et formellement agité transforme notre façon de penser le théâtre asio-américain.

Ce qui m’intéresse dans la promotion de cette année n’est pas un nom individuel mais la forme cumulative. La Guggenheim, contrairement à certains prix, ne récompense pas un seul livre. Elle récompense une direction — le sentiment qu’un écrivain se dirige vers un endroit qui compte, et que la destination n’est pas encore connue. Il y a quelque chose de nordique dans cette sensibilité, si vous me pardonnez la référence personnelle : l’idée que le travail le plus important est celui qui n’a pas encore été fait, la phrase qui n’a pas encore trouvé sa fin.

Trente-cinq écrivains. Trente-cinq directions inachevées. Que rapporteront-ils ?