Yasmina Khadra prend sa plume pour les cartels : 'Amor Sicario' et le diable au paradis
Attendez. Un écrivain algérien né en 1955 publie un roman noir se déroulant au Mexique. Ça mérite d'être répété, parce que l'actualité littéraire produit parfois des nouvelles qui demandent à être mâchées deux fois : Yasmina Khadra—pseudonyme de Mohamed Moulessehoul, ancien officier de l'armée algérienne—débarque avec Amor Sicario. Et la question immédiate est : cet homme a-t-il quelque chose à dire sur le monde du narco ? Sur l'amour à l'ombre du cartel ? Sur le Mexique ?
Si vous connaissez l'œuvre de Khadra, la réponse est : oui. Toujours oui.
Khadra passe des décennies à construire un univers où la violence n'est pas décor mais langage. Dans Ce que le jour doit à la nuit il est entré dans la tête d'un jeune homme qui se radicalise dans l'Algérie des années quatre-vingt-dix avec une précision qui laisse sans voix. Dans Les Vertueux il a exploré les paradoxes moraux de la guerre et de la foi. Ce que dit Khadra sur le nouveau roman—«le roman noir nous oblige à inventer le diable jusque dans le paradis»—c'est précisément ce qu'il a toujours fait.
Le choix du Mexique n'est pas exotique. Il est logique. Ce que Khadra sait de Kaboul, d'Alger, de ces espaces où la seule loi est celle du plus fort, peut être transposé au Michoacán qui fait les manchettes chaque semaine. Le roman noir n'a pas de frontières géographiques. Il en a des morales.
Si vous n'êtes pas encore entré dans l'univers de Yasmina Khadra, c'est peut-être le moment. Le diable parle aussi espagnol. Et parfois il tombe amoureux.
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