Le cadre avant la phrase : sur Ocean Vuong et l'autre langue qu'il parle
Quand j'avais douze ans, ma grand-mère m'a montré une boîte de photographies qu'elle avait conservées de ses années à Bergen. Pas des photographies exposées — des photographies cachées. Des images en noir et blanc de personnes que je ne reconnaissais pas, lors de célébrations que je ne pouvais pas nommer. Elle avait écrit de petites légendes au dos de chacune d'une écriture que je ne peux décrire que comme soigneuse. Pas belle. Soigneuse.
Je pense à cette boîte en lisant l'article sur la récente exposition photographique d'Ocean Vuong, couvert cette semaine dans Literary Hub par Sarah Moroz. L'article pose une question rarement adressée aux romanciers : et si l'écriture était secondaire ?
Vuong — dont le premier roman On Earth We're Briefly Gorgeous est arrivé comme l'un des livres les plus saisissants de la dernière décennie, et dont le recueil de poésie Time Is a Mother a consolidé sa place parmi les essentiels — a maintenu une relation avec l'appareil photo tout au long de sa vie d'écrivain. Ce n'est pas un passe-temps : c'est une pratique aussi sérieuse que sa construction de phrases.
Le style de Vuong est intensément visuel. Ses phrases ne font pas que décrire : elles cadrent. Un détail arrive, est tenu, puis se retire — comme une photographie qui permet de regarder quelque chose plus longtemps que d'habitude. Night Sky with Exit Wounds fonctionne ainsi : chaque poème est une exposition contrôlée.
La question implicite de l'article — photographe d'abord, écrivain ensuite ? — peut avoir une réponse qui est aussi un refus : les deux, toujours les deux, et l'ordre change selon le jour où on pose la question.
Lectures recommandées
Étiquettes